Six idées reçues sur le ski, vérifiées sur onze hivers de neige et les forfaits du catalogue
L'Autriche aurait plus de neige et des forfaits moins chers, février serait le mois le plus sûr, on skierait partout à la Toussaint : six idées répandues, confrontées au catalogue SnowTriper et à onze hivers de neige mesurés. Pour chacune, ce que la donnée établit, sur quel périmètre, ce que cela change pour choisir, et ce que la donnée ne dit pas.
D'où viennent les chiffres. Les hauteurs de neige sont celles des références climatiques du catalogue : pour chaque zone, une altitude, et la neige au sol semaine par semaine, sur les années 2014 à 2024. « En moyenne » désigne la moyenne de ces onze hivers ; « un hiver sur dix », la hauteur sous laquelle reste l'hiver le plus maigre. Une référence décrit une zone à son altitude, pas une station précise. Les forfaits sont les tarifs adultes à la journée du catalogue, et ne se comparent qu'en euros entre eux.
1. « L'Autriche a plus de neige que les Alpes françaises »
Faux, même pour la région la plus enneigée d'Autriche. À la mi-janvier, la référence de l'Arlberg porte en moyenne 1,14 m de neige, celle de la Tarentaise 1,39 m. Au plus fort de l'hiver, 1,21 m contre 1,41 m.
Et l'Autriche n'est pas un bloc. La référence du Tyrol, mesurée à la même altitude que celle de l'Arlberg, n'a que 76 cm à la mi-janvier : un tiers de moins.
Le périmètre : l'Arlberg est mesuré à 1 800 mètres, la Tarentaise à 2 200. Une partie de l'écart entre les deux tient donc à l'altitude. L'écart entre le Tyrol et l'Arlberg, lui, se mesure à altitude égale.
Ce que ça change : si la neige est le critère, le pays ne suffit pas. Ski Arlberg et la Silvretta Arena relèvent de la référence de l'Arlberg ; Kitzbühel et la SkiWelt, de celle du Tyrol.
Ce que la donnée ne dit pas : la qualité de la neige. Le catalogue mesure une hauteur, pas une texture ; « poudreuse » n'est pas une mesure.
2. « L'Autriche est moins chère »
Faux sur les forfaits des grands domaines. Ski Arlberg compte 301 km de pistes et Tignes - Val d'Isère 300, soit des domaines de taille comparable : le forfait est à 85 € à Ski Arlberg, annoncé à 75 € à Tignes - Val d'Isère. St. Anton est annoncé à 82 €, Kitzbühel à 80 €, quand Val Thorens l'est à 74 € et Courchevel à 67 €. Les dix plus grands domaines autrichiens du catalogue affichent des forfaits de 57 à 85 €. Et parmi les domaines de 50 km ou plus dont le forfait n'est pas estimé, la médiane est de 63,50 € en Autriche et de 49 € en France. Ce sont surtout des prix annoncés : le catalogue ne marque comme relevés que 4 de ces 36 forfaits autrichiens et 6 des 69 français.
Le périmètre : des domaines d'au moins 50 km, comparés en euros. La plupart de ces tarifs sont annoncés par le catalogue, pas relevés sur la billetterie de la station.
Ce que ça change : choisir l'Autriche pour payer moins cher son forfait ne tient pas. À taille comparable, on y paie autant ou plus.
Ce que la donnée ne dit pas : le prix du séjour. L'hébergement, les repas et la location de matériel n'ont pas de prix au catalogue. Qu'une semaine complète coûte moins cher en Autriche, la donnée ne permet ni de le confirmer ni de le démentir.
3. « Février est le mois le plus sûr pour la neige »
Vrai en moyenne, pas pour les mauvais hivers. En Tarentaise, la neige moyenne tient : 1,39 m à la mi-janvier, 1,32 m à la mi-février. Mais un hiver sur dix, elle passe de 82 cm à 57. Même recul dans l'Arlberg, de 63 à 57 cm, et dans le Valais, de 59 à 47. Aux Grisons, c'est l'inverse : de 51 à 67 cm.
Ce que ça change : pour un séjour réservé longtemps à l'avance en Tarentaise, dans l'Arlberg ou dans le Valais, la mi-janvier limite le risque de tomber sur un hiver maigre. Février ne gagne qu'en moyenne.
Ce que la donnée ne dit pas : l'affluence et les vacances scolaires, qui pèsent souvent plus que la neige dans le choix de février, ne sont pas mesurées ici. La neige de culture non plus.
4. « On peut skier à la Toussaint »
Oui, mais sur un glacier. À la fin octobre, la référence de la Tarentaise, à 2 200 mètres, porte en moyenne 16 cm de neige, et 3 cm un hiver sur dix ; celle du Valais, à la même altitude, 26 cm. Il faut attendre la fin novembre pour que la Tarentaise dépasse 60 cm.
Ce que ça change : viser un domaine à glacier, et haut. Zermatt monte à 3 883 mètres, le plus haut des domaines à glacier du catalogue en France, en Suisse, en Autriche, en Italie et en Allemagne. En France, Les Deux Alpes montent à 3 600 mètres et Tignes à 3 456.
Ce que la donnée ne dit pas : quelles stations ouvrent, et quand. Le catalogue n'a pas de dates d'ouverture ; elles se vérifient sur le site de la station la semaine du départ.
5. « La Bulgarie, c'est le même ski pour deux fois moins cher »
Deux fois moins cher sur le forfait, oui ; le même ski, non. Bansko est annoncé à 38 € et Borovets à 35 €, la moitié du forfait de La Plagne ou des Arcs, annoncé à 76 €. Mais la référence bulgare ne porte que 37 cm de neige à la mi-janvier, et, un hiver sur dix, 10 cm à la mi-février, contre 57 cm en Tarentaise.
Le périmètre : la référence bulgare est mesurée à 1 800 mètres, celle de la Tarentaise à 2 200. Et Bansko compte 75 km de pistes, La Plagne 225.
Ce que ça change : le forfait bas se paie en risque d'enneigement. Pour un séjour réservé tôt, c'est un pari sur l'hiver.
Ce que la donnée ne dit pas : le coût du voyage et de l'hébergement, absents du catalogue, ni le temps de trajet, que SnowTriper ne calcule pas vers la Bulgarie.
6. « Val Thorens est la plus haute station d'Europe »
Vrai en France, pas en Europe. Val Thorens démarre à 2 300 mètres : c'est la base la plus haute des domaines français de 50 km ou plus. En Europe, le Passo Stelvio, en Italie, part de 2 760 mètres, mais pour 9 km de pistes.
Ce que ça change : peu, pour qui cherche un grand domaine où la neige tient au pied des pistes. Val Thorens reste, en France, celui qui part le plus haut.
Ce que la donnée ne dit pas : la hauteur du sommet. Sur ce point, Val Thorens monte à 3 230 mètres, et Zermatt à 3 883.
Ce qu'il faut retenir
Choisir une région plutôt qu'un pays. Comparer les forfaits à devise égale, et ne pas en déduire le prix d'un séjour. Regarder l'hiver maigre autant que la moyenne. SnowTriper affiche l'enneigement de chaque station, mis à jour plusieurs fois par jour, pour vérifier, avant de partir, l'hiver qui vient.